LA MAISON DES JARDIES

maison de GAMBETTA

et propriété de BALZAC

Jean-Marc Boyer, administrateur de la Maison des Jardies

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La Maison des Jardies garde la douceur modeste de ces maisons de jardin étagées sur la colline de Sèvres au début du 19ème siècle.

De BALZAC, qui vient s'établir en 1838, non dans la maison actuelle, mais dans une sorte de chalet qu'il avait fait construire dans le jardin, il ne reste que le souvenir de ses rêves de fortune : il projetait de réaliser un lotissement, le " village élégant ", à proximité immédiate de l'embarcadère du chemin de fer situé sur la ligne Paris (Saint-Lazarre)-Versailles, ... " où le bourgeois parisien, fatigué du bruit et de la poussière parisienne, viendrait, le soir, se reposer à la campagne... " (les plantations d'ananas sont une plaisanterie de Théophile GAUTIER).

Poursuivit par ses créanciers il dû s'enfuir en 1840 : il ne reste aujourd'hui de lui qu'un beau buffet rustique, déménagé dans le maison de son jardinier (la Maison des Jardies actuelle) et ainsi épargné des créanciers. Depuis décembre 1999 une " table conteuse " y raconte ses projets, sa présence étant encore renforcée par le dépôt d'une tête monumentale en plâtre d'Auguste RODIN.

Quarante ans plus tard, en 1878, la Maison des Jardies est achetée par Léon GAMBETTA qui cherchait une maison de campagne pour se reposer de ses luttes politiques.

Ce dernier, né en 1838 à Cahors d'un père immigré italien était venu faire ses études de droit à Paris. Très vite son métier d'avocat l'amena à adhérer au courant républicain et à militer contre l'Empire. Député à trente ans, il s'opposera à la déclaration de guerre à la Prusse en 1870. Au moment de l'abdication de Napoléon III, par son talent d'orateur il contient la foule parisienne et lui fait acclamer la République, place de l'Hôtel de Ville.

Ministre de l'intérieur et de la Guerre, il sera pour "la guerre à outrance" et contre l'armistice. Fidèle à cette position il choisira d'être élu député de l'Alsace. Son succès devant la foule parisienne et cette position rigoureuse lui amènera une crainte et une haine farouche des autres républicains et notamment de Jules GREVY. Ce dernier devenu plus tard Président de la République mit tout en oeuvre pour écarter l'homme fort du parti républicain du pouvoir. Ce n'est que lors de "l'affaire tunisienne" qu'il fit finalement appel à lui à la présidence du Conseil : "le Grand Ministère" ne dura pas trois mois.

Fatigué de cette vie politique agitée et épuisé de se battre d'abord contre ses propres amis politique, il se retire, en janvier 1882, à la Maison des Jardies en compagnie de sa maîtresse, la belle Léonie LEON, espérant triompher de cette mauvaise passe. Sa forte personnalité l'amenant quelquefois à se battre en duel, en s'entraînant au pistolet dans son jardin il se fit à la main une blessure bénigne. En raison de son état de santé, son médecin traitant le Professeur LANNELONGUE l'alita, se qui développa les troubles intestinaux dont souffrait l'homme d'État : une appendicite se déclara qu'on eut peur d'opérer, il en mourut le 31 décembre 1882 à vingt-deux heures, à l'âge de quarante quatre ans.

A sa demande il fut enterré près de sa mère, à Nice, son coeur repose aujourd'hui au Panthéon et son cerveau, à sa demande, fut remis à l'Institut.

Charmante maison du 19ème siècle, la Maison des Jardies, donnée à l'État dès le lendemain de sa mort par ses héritiers (son père et sa soeur), est restée dans son décor de l'époque : un petit bureau, des exemplaires du journal la République Française, fondé par GAMBETTA en 1871, ainsi que des gravures représentant les étapes de sa carrière politique. On trouve aussi ici des reliques, ceintures, bonnet d'aéronaute de son échappée en ballon pendant le siège de Paris. La chambre où il mourut avec son mobilier de poirier noirci et ses tomettes rouges est intacte.

A l'initiative du ministère de la Culture, la Maison des Jardies a été inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1991 et a fait l'objet d'une importante restauration commencée la même année par celle du monument commémoratif construit en 1896 par le sculpteur BARTHOLDI sur une souscription des communes d'Alsace et de Lorraine en reconnaissance de son courage politique en 1870, ce monument commémoratif a été classé parmi les monuments historiques en 1995.