La Maison des Enfants de Sèvres

Préparé par Luc et Serge avec l'aide plein de monde

Le site de l'association des enfants de la maison

ESPACE MULTIMEDIA

La voix de Roger Hagnauer

Le film, La petite république

Céline Marrot, extraits de son mémoire

Quelques mots de Lenormand (maire à la libération)

Quelques photos de la maison

La pédagogie et Yvonne Hagnauer

 

 

Il était une fois un pays où on séparait des enfants de leurs parents, où on les envoyait dans des camps pour les faire travailler, les affamer, les battre, les torturer, les gazer, les brûler.  On prenait de grands enfants, mais aussi des petits, des touts petits, des méchants, mais aussi des gentils.   Le pays était livré aux barbares.  Tout le pays ?  Non.  Les enfants étaient protégés, aimés dans une maison, la maison d'Yvonne et de Roger, la Maison des Enfants de Sèvres, au 5 de la rue Croix-Bosset.

J'habite Croix-Bosset depuis des années, mes enfants y ont été à l'école. Alors imaginez ma surprise quand j'ai découvert l'histoire de cette maison.  Ma surprise d'abord, puis ma révolte et celle d'amis comme Luc.  Comment cette histoire si belle, si forte, si proche de nous a-t-elle pu être oubliée ?  Cela se passait ici, et il n'y a pas si longtemps. 

 

L'histoire commence par un mariage entre une bretonne, Yvonne, et un juif alsacien, Roger.  Le couple Hagnauer est né, un couple d'instituteurs dans la meilleure tradition de la république.  Ils sont comme beaucoup de ces instituteurs d'alors très engagés, un peu plus que les autres, syndicalistes révolutionnaires (surtout lui), promoteurs de l'Education Nouvelle (surtout elle), et pacifistes (tous les deux).  Il est facile aujourd'hui de dire que ces pacifistes des années 30 avaient tord : on a pu mesurer les dégâts du fascisme.  C'était moins clair alors, car la référence restait la grande guerre et ses millions de morts inutiles.  Les époux Hagnauer se sont peut-être trompés, mais pour de si beaux sentiments. 

Il fallait du courage pour prôner la paix dans la frénésie guerrière de 39.  Ils signent pourtant, le manifeste « Paix Immédiate », un appel à la paix lancé par des gens comme Louis Lecoin.  Parmi les signataires, on retrouve le philosophe Alain mais aussi, Marcel Déat, socialiste avant guerre, viré fasciste. On conçoit difficilement la confusion de l'époque.  Cette signature, leur engagement syndicaliste et pacifiste, les font renvoyer de l'éducation nationale. 

 

Après des petits boulots (Yvonne est représentante de commerce) ou la prison (Roger est mobilisé et fait prisonnier), ils finissent par travailler pour le Secours National.  Le Secours National est une organisation caritative alors tout en contraste.  Sous la houlette par Pétain, elle est souvent associée à ses basses œuvres : non seulement les juifs n'ont pas le droit à son aide mais leurs biens confisqués sont récupérés par le Secours National.  Pourtant, des gens comme les Hagnauer arrivent dans l'anonymat à détourner pour la bonne cause la puissance de l'organisation.

 

Sous le couvert des œuvres du Maréchal, les Hagnauer installent en 41, à Sèvres, rue Croix-Bosset (presque à l'emplacement de l'école actuelle), la Maison des Enfants de Sèvres, un asile pour accueillir des enfants affamés, délaissés, abandonnés de ce début de guerre.  La Maison va vite devenir la maison de la dernière chance pour des enfants juifs en perdition au milieu de l'occupation allemande.  Ils inventent une forme originale et risquée de sauvetage d'enfants juifs.  Ils les cachent dans une maison patronnée par Pétain, à deux pas de Paris, avec une garnison allemande pas bien loin (usine Renault oblige, mais c'est là l'histoire moins glorieuse, d'une usine française fabriquant presque toute la guerre, des tanks pour les Allemands – on passe).  Il leur faut une bonne dose de courage (d'inconscience) pour oser et beaucoup de chance pour réussir à garder l'anonymat durant toute l'occupation.

Les enfants utilisent des faux noms, des faux papiers.  Quelques personnes savent et se taisent comme ces cuisinières de la maison.  Les voisins n'ont pas vu que plus de la moitié parfois des gosses qui passaient devant leurs fenêtres étaient des petits juifs.  Ils avaient dû mal étudier les manuels nazis apprenant à reconnaître les traits physiques qui distinguent les races. 

Les totems : les Hagnauer installent l'utilisation de nom d'animaux comme doctrine, les totems.  Cette habitude a sans doute sauvé la Maison des Enfants.  Comment savoir que cet enfant que tout le monde appelle Mouche est un petit Cohen ou Mendel ? Yvonne est Goéland, Roger est Pingouin.   

 

 

Roger, comme lui est juif, doit quitter Paris pour éviter la déportation.  Quel est le secret d'Yvonne ?  L'amour des autres et d'abord les enfants, le refus de la barbarie, la révolte.  Elle sauve tout ce qui passe à sa portée, les gosses juifs ou non (la guerre fait des dégâts dans beaucoup de familles), des adolescents ou des adultes qui viennent se réfugier à la Maison des Enfants.  Le plus illustre est sûrement, le Mime Marceau, qui, jeune juif alsacien, après un passage dans la résistance rejoint la Maison comme moniteur de théâtre.

 

Après le Vel d'Hiv, ils sont de plus en plus nombreux les jeunes pensionnaires de la Maison qui doivent taire leur origine juive.  Le Vel d'Hiv ; j'ai du mal à retenir ces chiffres, alors je suis allé regarder : 12884 personnes ont été arrêtées entre le 16 et 17 juillet 1942.  Cela s'appelait « Vent printanier » et c'était organisé par des « agents capteurs », comprenez des policiers et gendarmes bien français.  Des 12884, très peu reviendront.  12884, une petite ville.  Je n'ai pas voulu me rappeler le nombre total de déportés de France, la taille d'une grande ville – Rennes, Bordeaux, un peu plus, un peu moins ?  Des nombres, des nombres… Il faut en aligner combien pour arriver à 6 millions. 

 

La France d'alors multipliait les proscrits, les clandestins.  Il suffisait de frapper chez Yvonne et elle vous accueillait, elle vous sauvait.  Il y avait la loi brutale des collabos et de l'occupant, et contre elle le refus de la petite bonne femme de Croix-Bosset, l'amour d'Yvonne qui accueillait à tour de bras, un enfant par-ci, un adulte par-là, deux, trois, des dizaines.

Les époux Hagnauer étaient d'abord des enseignants.  Avant guerre, pendant, après, ils développent une pédagogie à la rencontre de Dewey, Freney ou Montessori, dans la mouvance de l'Education Nouvelle.  C'est une autre histoire, mais c'est aussi la même qui continue : l'amour des enfants, le respect des enfants, l'autorité des maîtres mais la responsabilité de chacun.

 

Ils ont créé plus qu'une école, une famille, la seule famille pour beaucoup. Après la guerre, ils continuent.  Quand les lieux deviennent trop petits, ils déménagent pour le château de Bussière à Meudon.  Elle dirige l'école ; il est toujours aussi farouchement révolté, syndicaliste.  Il milite, il écrit.  A la fin de leur vie, ils habiteront un petit appartement dans un HLM de Meudon, un couple modeste dans un appartement modeste, des militants de base de la section locale du parti socialistes.  Certains découvriront à la mort d'Yvonne qu'elle est Chevalier de la Légion d'Honneur, qu'elle a la Médaille des Justes d'Israël, une médaille prestigieuses, données à des non juifs pour avoir sauvé des juifs pendant la guerre au péril de leur vie.  Pour elle, tout cela n'est pas important, elle n'en parle pas.  Le plus important : « Je me suis occupée d'enfants ».

 

La légende dit que quartier a été le lieu d'un combat entre Jeanne d'Arc et les Anglais.  Selon Mme Hubschmann, Jeanne d'Arc n'est jamais venue jusqu'ici. Dommage! La Maison a été construite sur l'emplacement d'une communauté religieuse Oblate.

 

L'éducation selon Yvonne

Témoignages

 

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