Voilà vingt ans, presque jour pour jour, les événements de 68 éclataient dans une France opulente, somnolant dans les bras d'un général au grand nez emmanché d'un long cou. Personne n'avait prévu une telle déferlante, nombreux furent ceux qui y participèrent dans leur lycée, leur faculté, leur entreprise ou leur quartier. Nous avons cherché à retrouver, dans nos communes, quelques témoins de ces folles journées de mai.
Notre charmant village, présent avec calme et dignité dans le grand mouvement de contestation et de discussion qui vient de bouleverser notre société, mais épargné jusqu'à ces derniers jours par la violence, vient d'être le théâtre d'un combat de rue entre deux groupes de militants opposés, armés et casqués, (,,) Il convient que cessent au plus tôt les provocations, que ne soit plus toléré le port d'armes prohibées et que se dissipe au plus tôt ce climat de haine sans doute entretenu par l'alternative un peu sommaire où nous contraint un bipartisme électoral de fait (...) Le maire, Dr J. BAZENNERIE
Secours aux grévistes. Les travailleurs ayant subi certaines privations la municipalité a distribué à la date du 20 juin plus de 750.000 anciens francs de secours à tous ceux qui étaient dans le besoin. Nous avons d'ailleurs reçu les remerciements d'un comité de grève.
Je me souviens de la douceur de mai, un printemps comme on en a rarement vu.. Une douceur qui incitait à vivre dehors, à vivre la nuit.
Je me souviens de la fièvre de mai. Cette excitation qui nous poussait les uns vers les autres et nous rendait légers. Les paroles fusaient partout dans la rue, enfin on s'écoutait, portés par je ne sais quelle connivence. Mais en face il y avait aussi des gens enfiévrés. Par la peur.
Divers mouvements politiques et de jeunes, dont une délégation avait été reçue le matin à l'hôtel de Ville, ont organisé samedi après-midi une réunion à la salle des Répétitions de la mairie. Au cours de cette réunion, à la- quelle participaient les représentants de l'U.N.E.F., du P.S.U., de la S. F.I. O. , du Parti Communiste, de la Convention des Institutions Républicaines, l'Entente de la Gauche Sévrienne, la C.G.T. et les Jeunes Révolutionnaires, après un récit des manifestations et diverses interventions, il a été décidé de rédiger un tract qui a été distribué dans la journée de dimanche dans les rues de la ville. Le Conseil des Parents d'Elèves des Ecoles publiques qui était représenté à cette manifestation, tout en s'associant à l'émotion et à l'inquiétude générale, n'a pas signé le tract, mais a rédigé et distribué une motion dont les termes, mesurés et pleins de gravité, montrent que les Parents d'Elèves sont prêts à apporter un concours constructif aux réformes nécessaires du système universitaire.
Lundi matin, trois élèves étaient à l'entrée du lycée, effectuant un sévère service d'ordre parmi les jeunes lycéens. - Dans quelle classe êtes-vous ? - Je suis en première - Que faites-vous, au juste, devant les grilles du lycée avec l'aide de quelques camarades ? - Nous effectuons une sorte de filtrage chez les élèves. Nous permet- tons aux élèves, à partir de la classe de seconde jusqu'aux Lettres Supérieures, de participer au meeting. - Donnez-moi les grands traits de vos discussions ? - Les orateurs expliquent aux élèves les raisons qui motivent les manifestations qui ont lieu maintenant depuis huit jours. - Depuis combien de temps n'avez- vous pas cours au lycée ? - Plus exactement, les cours sont intermittents. Lundi et mercredi derniers, les professeurs ont fait grève à la suite de nos doléances. Samedi matin, nous avons organisé un meeting pour notamment organiser la manifestation du samedi après- midi. Le lycéen complaisant me fit visiter le gymnase surchargé d'élèves où des orateurs prirent la parole dans un calme olympien. Les employés du lycée étaient aux fenêtres. La cour de récréation connaissait paradoxalement un calme inhabituel en cette période d'agitation. Entre midi et 13 heures, les ouvriers et lycéens prenaient le chemin de la capitale, banderole déployée...
Je me souviens : de la peur de mai. On manquait déjà d'essence, on craignait pour le rationnement. Nous avancions dans le soleil sans savoir si cela ne tournerait pas à l'orage. Nous étions des Jeunes de tous âges, insouciants, mais les adultes cédaient à la panique. Nous vivions un étrange carnaval où le monde tournait à l'envers, qui risquait de mal finir si trop de comptes se réglaient.
Je me souviens : que mai a été très court et a duré très longtemps : Le début d'un monde. L'an 01 .
Comme Paris, le reste de la France, Versailles et sa région ont connu une semaine fertile en événements et en rebondissements. La vague de fond des revendications entraînées par les révoltes estudiantines a gagné tous les secteurs de la vie quotidienne. Et, si les lycéens et les étudiants tout en désirant dans leur grande majorité passer les examens de fin d'année, discutent actuellement les termes d'une nécessaire réforme de l'enseignement, le malaise social a pris une ampleur inégalée. Ce malaise social a fortement perturbé la vie des habitants de notre région. Lundi, bon nombre de personnes cherchaient à rejoindre leur travail par divers moyens. Beaucoup étaient obligées de faire de l'auto-stop, les transports de remplacement mis en place par les militaires étaient en effet insuffisants pour transporter tout le monde. I Ruée sur l'essence L'annonce des prochaines grèves dans les raffineries d'essence a provoqué dès dimanche soir une grande panique parmi les automobilistes. Dès 3 heures du matin bon nombre de stations-service étaient totalement dévalisées.(...) On nous informe d'ailleurs sans que nous puissions avoir la certitude d'un cheminement de cause à effet que jamais, au grand jamais, on n'avait autant vendu de tubes en caoutchouc dans les pharmacies. Si l'on volait de l'essence on achetait, dès vendredi matin, d'importantes quantités de bougies dans la crainte que les coupures d'électricité ne se multiplient pendant le week-end.(...) Cette inquiétude aura pour principaux bénéficiaires les marchands de vélos!
Je me souviens des rencontres de mai. La baraque de Meudon-la-Forêt était encore debout, et chaque soir nous allions y repenser le monde. Tout le monde pouvait s'exprimer mais 1'avis des gens "compétents" pesait tout de même plus lourd. C'est là que j'ai pensé que les femmes devaient acquérir des compétences.