L'occupation de l'admirable site de l'abbaye, le mont Andaon, est fort ancienne, puisqu'en 1919, on mit au jour une tombe néolithique. Une inscription, conservée jusqu'en 1794, atteste, à l'époque romaine, l'existence d'un autel au dieu latin Silvain, et une certaine occupation humaine puisqu'elle mentionne les exploitants d'une villa romaine d'Aulus Talicius Firmanus. La tradition fait remonter au VIéme siècle la christianisation du site avec la retraite de sainte Casarie dans une grotte située au sommet du mont Andaon. L'épitaphe de la sainte, brisée au moment de la Révolution, maais dont un fragment fut retrouvé en 1868, donne la date de sa mort : 587. Son tombeau devint l'objet d'un culte et la garde en fut confiée à quelques religieux dont l'existene paraît avoir été assez précaire. Ce n'est qu'à la fin du Xlme siècle qu'une communauté religieuse est véritablement constituée, approuvée par l'évêque d'Avignon (982), puis par le pape Grégoire V (999) qui confirme aux moines la possession des trois églises Saint-Michel, Saint-André et Saint-Martin sur le mont Andaon.
Du Xlème au Xème siècle, l'abbaye connaît une prospérité croissante. Gouvernée par de grands abbés, tels saint Pons (1063-1096), Pierre Damiac (mort en 1132), honorée de visites papales (Urbain II en 1096, Gelase II en 1118, Innocent II en 1130), elle jouit de biens importants en Languedoc et en Provence, comme le montrent diverses bulles pontificales, notamment celle de Grégoire IX (1227). L'année précédente, l'abbaye passe dans la " mouvance royale ", quand, par la prise de la ville, Louis VIII met fin aux prétentions de la Commune d'Avignon sur la rive droite du Rhône et le mont Andaon. Les droits seigneuriaux des abbés sont reconnus et définitivement confirmés par l'acte de pariage du 11 juillet 1292, avec Philippe le Bel. Au milieu du XIVème siècle, l'abbaye est enclose dans les fortifications édifiées sur ordre de Jean le Bon, qui, d'ailleurs, y séjourne à trois reprises. Divers documents permettent de fixer assez précisément l'aspect monumental de l'abbaye. L'ensemble est dominé par trois églises: la chapelle Saint-Michel (puis de Sainte-Casarie), sur la grotte, et qui subsiste (quoique dénaturée au XIXème siècle par sa transformation en belvédère), et les églises Saint-Martin et Saint-André (détruites au milieu de XIXème siècle, qui communiquaient entre elles par leur chœur. Les bâtiments claustraux se répartissent en quadrilatère autour du cloître voûté en berceau, percé d'arcades en plein cintre. D'autres documents, un catalogue de bibliothèque dressé au XIIIème siècle, et une description du trésor (134}) démontrent que l'abbaye, avec ses 90 moines, est aussi un intense foyer de vie intellectuelle et spirituelle.
Après cet âge d'or, les XVème et XVIème siècles sont une époque de décadence: guerres, pestes entraînent la ruine de l'abbaye, et le déclin de la vie religieuse.
Mlle Bacou évoque une figure assez représentative de cette époque troublée, celle de César Brancas, converti du judaïsme, abbé en 1572, démissionnaire en 1588, devant l'irréductible hostilité de ses moines. En 1603, la voûte de l'église Saint-Martin s'écroule. Le redressement ne vient qu'avec l'affiliation de l'abbaye à la congrégation bénédictine de Saint-Maur. La réforme spirituelle, le renouveau du culte de sainte Casarie s'accompagnent d'une remise en état du temporel et des bâtiments. En ce domaine, les abbés restaurateurs font appel aux meilleurs artistes et artisans locaux: les Franque, Mignard, etc. Cet effort est poursuivi au XVIII"'e siècle, sous les abbés du Roure, et l'architecte Jean-Auguste Brun exécute alors, de 1742 à 1763, un vaste pro- gramme architectural, mais trop ambitieux p~r rapport aux revenus et aux effectifs d'une a})baye qui, de 23 moines en 1723, n'en compte plus que 11 en 1789. I
La conférencière évoque ensuite le tragique destin l'abbaye à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème siècle. Devenue bien national, transformée en hôpital militaire, elle est vendue en 1797 et démolie en grande partie par son propriétaire.
(Merci M. Seligman pour ce document)