C'est
le 16 mai 1968 que l'équipe des instituteurs, professeurs, éducatrices de la
Maison de Sèvres, fut appelée à présenter, sous l'égide de la Section
parisienne du groupe Français d'éducation nouvelle la synthèse des travaux
effectués depuis la fondation en 1941.
Nous
donnons ici des extraits du compte rendu de la séance.
Monsieur
le Président,
Monsieur
le Directeur Général,
Mesdames,
Messieurs,
Chers
Amis de la Maison de Sèvres.
Nous
sommes heureux et fiers de venir une fois encore parler de notre œuvre sous le
haut patronage du Groupe Français d'Education Nouvelle, qui a toujours suivi
tous nos efforts, nous a toujours aidés dans notre tâche de propagandistes en
faveur d'une éducation libérée des servitudes et des tabous de l'école
Traditionnelle. Tantôt c'était au Collège Sévigné dont la regrettée Directrice,
Mademoiselle SOUSTRE joua sous l'occupation un rôle si actif dans l'élaboration
du projet Langevin. Tantôt dans les salles de ce bâtiment qu'on appelait
autrefois « le Musée Pédagogique » et où nous fîmes de larges présentations.
Mme CHENON THIVET – Inspectrice – y exposait les travaux de sa chère ville
d'Argenteuil, et nous y étalions tout ce que nous considérions et continuons de
considérer comme « les vraies richesses » de la Maison de Sèvres. C'est dans
cette salle même que, transportant poupées à gaines, animateurs zélés et
castelet, nous présentâmes divers tableaux inspirés de Notre Dame de Paris ... Il
y a de cela plus de vingt ans !...
Et
nous voici revenus dans cette Maison, centre de ralliement de tous les chercheurs
pour essayer de retracer l'œuvre de vingt-sept années, œuvre tenace, toujours
inspirée par les mêmes principes, réchauffée par la foi toujours vivace d'une
équipe qui, si elle s'est partiellement renouvelée et rajeunie demeure fidèle à
l'esprit qui l'anima, de Claparède à Decroly, de Langevin au regretté
professeur Wallon. Cette recherche longue de vingt-sept années déjà nous vit
agir côte à côte avec notre collègue et camarade Freinet, de qui nous adoptâmes
d'emblée les techniques d'imprimerie qui ouvraient magnifiquement la voie à
l'expression libre ... Il serait salutaire – soit dit en passant, pour tout
historien de la pédagogie, d'ouvrir les bulletins éducatifs devant la dernière
guerre et immédiatement après pour y trouver toute la substance d'une pédagogie
qu'on a cherchée heureusement à remettre en vigueur aux Colloques de Caen et
d'Amiens, mais qui fut dans ses principes fondamentaux: respect et autonomie de
l'enfant, l'œuvre de maîtres d'école à classe unique comme celle des pionniers
du syndicalisme universitaire, de l'Ecole Emancipée à l'Ecole Libératrice, de
Paul Robin aux fondateurs de Trogen et aux actuelles « Communautés d'enfants
».
Les
hasards de la guerre nous ouvrirent un jour les portes d'un vieux couvent
d'oblates désaffecté, aux cellules délabrées, aux toitures pourries où nous fûmes
installés dès 1941 (je dis « nous », car j'avais déjà constitué une équipe
de volontaires, parmi ceux que frappaient les lois raciales, les lois sur les
sociétés secrètes et ceux qui se sentaient réfractaires aux obligations de
toute nature que l'occupant « nazi » avait imposées) ... La Maison avait
été fondée à l'origine pour venir en aide aux enfants sous-alimentés de la
région parisienne : y furent tout d'abord accueillis des enfants de familles
socialement troublées ou dispersées depuis l'exode, d'autres en provenance
directe des camps – ceux qui arrivaient par groupes de 10 ou 15 sous la
conduite de moniteurs bénévoles – soit qu'ils aient été refoulés de Mas
Gellier, dans la Creuse, trop connu pour abriter des enfants israélites ou
qu'ils aient trouvé à la frontière suisse un cordon infranchissable.
Ils
formaient en 1943, les deux tiers de la population enfantine du home, ceux qui
montaient la sente en rasant les murs, ceux qu'on introduisait au moment du
« black out » favorable, et qui conservaient, des mois durant, leur visage
muré d'enfants traqués, mal habitués à leur nom d'emprunt, vivant, au début,
dans la terreur et l'envie perpétuelle d'une fugue qui les délivrerait.
Je
regarde sur les vieux cahiers les dates d'entrée des enfants rescapés de la
plus atroce persécution : novembre 1941, juin et juillet 1942 – octobre 1942 –
octobre 1943 – janvier – février – mars – avril 1944. Par recoupement on
trouverait ainsi des moments culminants dans la tragédie de l'extermination.
Lisbeth
F., quatorze ans. Enfermée pendant deux ans avec sa mère dans une usine
d'équipement qui fonctionnait dans le ghetto de Varsovie; elle vivait cachée
avec d'autres enfants sous les ballots d'étoffe, lors des rondes de soldats.
Découverts, parents et enfants furent emmenés dans la campagne en expédition
punitive ... Fusillades de certains enfants, abandon obligatoire des autres
sous les yeux de leurs parents. Existence dans une maison en ruines avec une «
bande ». Retour clandestin à l'usine. Fuite de la mère et de la fille.
Rose
B. Prise en Alsace. A « fait » tous les camps de Prusse Orientale, supporté
d'interminables bombardements. A son arrivée, parlait peu, employait le jargon
international des camps. Isolée, lointaine, mangeait peu et refusait avec
horreur toute alimentation carnée pour des raisons qu'on n'ose pas préciser...
De
toute cette population enfantine traquée, un seul vit revenir sa mère. Les
autres durent vivre avec leurs souvenirs et notre affection. Ce fut
certainement l'expérience la plus riche de la Maison de Sèvres. Il y avait là
des enfants d'origine polonaise, hongroise, grecque, turque. L'habitude de la
vie communautaire qu'ils avaient prise, soit au ghetto, dans les camps ou les
communautés traquées par l'occupant, les rendait plus aptes à cette vie quasi
familiale de 80 personnes au total qui, presque toutes pour des raisons
analogues, acceptaient la vie intense mais repliée sur elle-même dans une
vieille maison que de hauts murs sur la colline de Sèvres dérobaient en partie
aux yeux des passants.
Sans
doute les lieux aussi prédisposaient-ils à l'acceptation de cette vie quasi
secrète...
On
a souvent parlé d'établissements conçus d'une manière fonctionnelle, eh bien,
celui-là abattu depuis par la pioche des démolisseurs, était inconfort :
cellules individuelles de nonnes où l'on logeait 5 pensionnaires, cabanes
délabrées, jardin en friche et mystérieux, maison qu'un ancien, père de famille
maintenant, a appelée « la boîte aux rêves de mon enfance ».
De
cette génération de jeunes déracinés du milieu familial par la tourmente,
qu'est-il advenu ? Nous faisons toujours figurer en tête de notre palmarès de
cette époque une jeune agrégée de Mathématiques, des licenciées, des chimistes,
des membres de l'Enseignement et quatre professeurs d'Enseignement
Professionnel de la Ville de Paris. Dispersés aux quatre coins du monde, en
Israël, aux USA, en Afrique, au Japon, ils nous écrivent au hasard de leurs
migrations et des fêtes mais ne nous laissent jamais sans nouvelles. Ils ont,
d'ailleurs conservé les uns pour les autres une affection profonde affection
qui a été jusqu'au mariage dans certains cas, comme pourrait l'attester M.
PEDROT, Président de la Société des Amis et Anciens de la Maison de Sèvres,
Maire du 5" arrondissement et grand « marieur » de nos Enfants.
Je
passe rapidement sur ces années difficiles où personnel et équipe dirigeante de
la Maison firent preuve d'un mutuel dévouement, les uns en n'acceptant qu'une
faible part de leur salaire, les autres en prélevant sur leurs fonds personnels
pour aider l'équipe à subsister. Jusqu'au jour où M. DAVID, Directeur Général
des Services d'Enseignement de la Seine, alerté par M. PEDROT et M. VERGNOLLE,
alors président du Conseil Général, accepta de prendre en charge dans le
Service des Internats Primaires départementaux une maison en bien mauvais état,
et qui n'était riche que de son expérience et de ses habitants.
Arrivèrent
les nouveaux pensionnaires – ceux que l'on appelle encore « LES CAS
SOCIAUX » : orphelins, enfants de familles dissociées, de familles
nombreuses et mal logées, tous normaux, mais tous affectivement choqués par des
situations familiales pénibles, douloureuses, ou moralement traumatisantes.
Qu'on en juge :
C'est
du précieux opuscule vert rédigé par les « Anciens », grâce à la
complicité de notre documentaliste-secrétaire, Renée CIBOULE, que j'extrais un
souvenir d'ancienne, le plus propre à faire comprendre l'état dans lequel ces
nouveaux hôtes arrivaient dans notre communauté.
Etudiante
en Lettres, documentaliste.
Une
vieille maison à l'allure poétique.
Des
personnes aux noms d'animaux.
Une
liberté qui vous enlevait toute idée de révolte.
Une
attention qui vous permettait d'exister.
Des
chants après chaque repas.
Des
oiseaux qui vous réveillaient le matin.
Un
chien inoffensif et non garde-chiourme.
Tout
cela se tournait, tournait dans ma tête. C'était plutôt bien, mais je voulais
dire non. Il y avait sûrement un piège !
Pourquoi
s'occupait-on tant de moi ? Et mon indépendance alors !
Pourquoi
me tutoyait-on ?
Pourquoi
cette joie partout ?
Pourquoi
n'avais-je plus envie de casser quelque chose ?
C'était
impossible. On m'avait comme déshabillée de mes armes.
Plus
de révolte – plus de tristesse – plus de fugue possible.
C'était
peut-être le paradis, mais je voulais être damnée. Aussi, le deuxième jour, je
décidai de partir. Où ? Je ne savais pas. Je fis une petite promenade jusqu'à
la poste et envoyai un télégramme.
Il
y a de cela presque six ans. Et le piège, je crois, c'est que je sois encore
là. Qu'est-ce qui donne donc à la Maison ce pouvoir magique de nous retenir
?
C'était
donc des enfants, révoltés, opposants, affamés d'affection mais la refusant de
prime abord avec une sorte de pudeur révoltée – qu’il fallait pacifier, amener
à la confiance et à l'enthousiasme pour une culture qu'on leur avait souvent
présentée comme une médecine et qu'on avait tarifée comme le chou du marché et
la viande du boucher...
Quels
moyens employer pour vaincre leur indifférence et les « déshabiller de leurs
armes ? ».
Il
ne faut pas oublier que ces enfants sont tous pensionnaires, et qu'ils sortent
en majorité deux fois par mois, et durant toutes les périodes de vacances
scolaires ... Je dis « en majorité » car à chaque sortie, sur les 180
pensionnaires que compte actuellement l'établissement, une cinquantaine reste
parmi nous. Ce ne sont pas des lycéens « en boîte » pour la semaine, et qui
attendent le week-end du samedi pour se défouler entre camarades ou pour
reprendre le cortège des obligations familiales selon leur gré ou celui de
leurs parents ...
Et
pourtant, je ne puis pas dire: « il y a pour eux le problème de l'internat »,
car la vie scolaire par la multiplicité de ses ramifications que sont les
ateliers sollicite l'activité de tous ... De plus, il y a l'AMBIANCE. Elle est
faite de la table commune, pour tous les membres de l'équipe, des distractions
soigneusement choisies, par les enfants (les délégués de la coopérative vous en
parleront tout à l'heure dans un chapitre qu'ils ont tenu à rédiger eux-mêmes).
Il y a la célébration des anniversaires et fêtes: Mi-Carême où, adultes comme
enfants, ne sont admis que sous le masque ou sous une personnalité d'emprunt
jour où Catherinettes de l'Equipe revêtent le chapeau traditionnel aux couleurs
symboliques... Mais plus encore, il y a pour tous – et nul ne songerait à s'y
dérober – NOEL auquel anciens et nouveaux, adultes et enfants participent
pleinement :
...«
Je ne me souviens pas des Noëls à la Maison de Sèvres, ils se sont tellement
incorporés à mon être que je les sens plus que je ne puis me les représenter. Y
penser réveille comme une nostalgie de joie, aiguë, non localisée et douloureuse
dès que je m'y attarde.
Il
y avait d'abord la grande période des préparatifs. Les mois avant Noël étaient
pleins de ferveur et de mystère : de travail invisible, souterrain, dont
émanait pourtant une chaleur si intense et si limitée aux murs de la maison
qu'elle en taisait un monde complet en soi, égoïstement retiré en soi.
La
maison était tacitement divisée en deux classes, « eux et nous ». L'enjeu
était le secret. La maison vivait d'une vie nocturne, dont seule quelque
fenêtre éclairée pouvait trahir la présence.
Puis
venait le soir de Noël, dénouant brusquement toute l'angoisse de l'attente,
délirant de joie. Je regrette de ne pouvoir raconter ni le Père Noël, ni les
Petits, ni les chants, je n'en vois plus ni l'ordre, ni l'enchaînement. Ce
qu'il m'en reste c'est un sentiment de bien-être, comme un bain de joie, de
lumière, de musique, et de jeux que, seules, quelques lignes récitées à l'une
de nos veillées de Noël peuvent me rendre :
...«
Noël, c'est notre fête, c'est la fête des jeunes, c'est la fête de
l'espérance... »
Dans la Maison, Noël était tout cela. » B.L.
Il
y a encore l’ACCUEIL des nouveaux par les Anciens au cours d'un feu de camp, ou
d'une réunion dans la salle des fêtes.
...La
FRANCHISE et la FAMILIARITE des RAPPORTS entre les membres et les enfants,
familiarité établie dès la fondation de la Maison par l'usage des totems qui pendant
l'occupation servirent à cacher des noms trop compromettants, et dont l'usage a
si bien survécu que nous nous souvenons beaucoup mieux des Totems que du nom
patronymique de ceux qui furent ou sont des membres de l'équipe...
Je
reviendrai d'ailleurs sur ce problème de l'organisation de la vie en internat
lorsqu'on évoquera les organismes gestionnaires de la communauté, mais je
voudrais signaler en bref toutes ces communautés nées de la guerre (je pense «
au Renouveau » à Montmorency et à « Trogen » en Suisse) où les principes
d'autonomie et de liberté chers à l'Ecole Nouvelle furent largement appliqués.
Quant
à nous, afin que nul de ceux qui franchissaient notre seuil ne l'ignorât, nous
avions affiché dans la petite entrée de notre établissement, une peinture sur
soie qui portait ces mot: « vivre libres ou mourir » et l'affiche imprimée en
pleine guerre par les enfants qui précisait notre idéal éducatif et se
terminait ainsi :
«
Mais le petit homme ne peut créer que s'il est placé dans un climat favorable,
sans les contraintes scolaires rigides qui étouffent son initiative et
sclérosent son goût d'action. Il faut qu'il puisse AGIR et ENTREPRENDRE à sa
guise. Il fait ainsi, dès son jeune âge l'apprentissage de la liberté sans laquelle
meurent ses FACULTES CREATRICES et l'originalité de sa personnalité. »
Ce
rappel du passé était nécessaire, pour montrer que l'expérience de ces méthodes
existait déjà au temps où le groupe réunissait autour du professeur WALLON, le
père CHATELAIN, M. COUSINET, FREINET et toute l'équipe de la Maison de Sèvres.
Mais
l'évolution de la Société moderne fait de ces méthodes une IMPERIEUSE NECESSITE
et il semblerait qu'au Colloque d'Amiens on « redécouvre » la nécessité de
partir des intérêts de l'enfant (Claparède dans l'Education Fonctionnelle les
avait déjà définis et sériés par âge) du milieu environnant ; et MABEL, BARKER
bien avant la guerre de 39 en avait défini les mécanismes dans son GEOGRAPHICAL
SURVEY – DEWEY dans ses « ECOLES DE DEMAIN» avait déjà parlé des ateliers autour
de l'Ecole, mais on peut dire que c'est DECROLY dans sa petite communauté
vivante d’Ucle qui avait concrétisé et regroupé tous ces principes et toutes
ces découvertes, des psychologues et des pédagogues, et avait fait du centre
d’intérêt le MOTEUR de toutes les acquisitions et de toutes les activités.
______
Intervention
de Mme BONIJOL. Développement d'un centre d’intérêt au C.E.I. (couture industrielle
p. 11). De l'artisanat primitif à la grande industrie.
______
...
Pourquoi nous dira-t-on, êtes vous donc restés fidèles à la méthode des centres
d’intérêts malgré le rythme de l'évolution
alors que Decroly n’est plus ? – qu’une pédagogie scientifique enrichie de
techniques multiples vise à fixer la valeur, le volume, le rythme d'acquisition
de plus en plus nombreuses que le progrès impose à nos élèves ?
Nous
nous sommes, nous aussi, honnêtement posé cette question et si nous nous sommes
efforcés d’asservir, d’utiliser tous ces moyens, dont nous dote chaque jour une
civilisation technicienne, nous sommes cependant restés fidèles à Decroly pour
plusieurs raisons. La première, c’est ce
qui motive l’intérêt de l’homme (et notre époque en est l’illustration
saisissante sous sa forme la plus utilitaire) ce sont les besoins : se nourrir,
se vêtir, se loger, ...etc. C'est partant d'eux, des luttes que l'homme a
entreprises pour les satisfaire ...depuis l'âge des cavernes, c'est de cette étude des cheminements et des
conquêtes à travers les temps, que naissent l'INTERET et la JOIE de CONNAITRE.
Il
est d'ailleurs à noter que cette quête dans le passé ou dans l'avenir est infiniment
souple : jamais Decroly n'a codifié le contenu autour des « centres
d'intérêt ». Il laissait aux maîtres et aux enfants la joie, de construire
la structure de leur étude, de la diriger dans tel ou tel sens, d'insister sur
tel aspect des problèmes sans programmation préalablement établie.
De
plus, homme de science scrupuleux, il attachait à l'OBSERVATION une importance
fondamentale: elle était la base de sa méthode de travail; mais il eut
l'immense mérite – car il n'était pas seulement homme de laboratoire – de la
maintenir, de la diriger VERS LA VIE, SOUS TOUTES SES FORMES. Sans doute, les
étapes de l'observation à l'association et à l'expression (concrète ou
abstraite, écrite ou orale) sont-elles soigneusement calculées, voire lentes.
Et on est bien obligé de constater que le rythme d'acquisition des
connaissances des nouvelles générations d'élèves est plus rapide que par le
passé; mais le point de départ, les étapes rigoureusement contrôlées restent
solides.
______
Intervention
de Mlle OSBERT. Un essai d'observation météorologique au C.E.1. (p. 15)
De
Mlle JUTON. Monographie d'un petit village Guyancourt. (p. 16)
De
Mlle GIACOMETTI. De la notion de temps à la notion de temps historique. (p. 18)
______
...Mais
il y a plus encore : toute cette pédagogie, toute cette éducation est imprégnée
de respect et d'amour de l'enfant...
Et
il est une chose que le Docteur Decroly n'avait certes pas prévue, lui qui
travaillait dans le climat familial de sa petite école d'Uccle, c'est que « le
centre d'intérêt » est un admirable moyen de coordination des efforts de tous.
Donner à une école « UN CENTRE D'INTERET UNIQUE », c'est orienter
dans un même sens les recherches, c'est tendre tous les esprits vers un même
but, c’est « COOPERER » au sens le plus noble du terme.
C’est
encore dans ce petit univers clos de l’école d'Uccle qu'il y avait tout ce qui
peut intéresser les enfants : les bêtes qu’on soignait, les ateliers où l'on ébauchait
les premières réalisations et les premières créations...
Je
pense que c'est au rayonnement qu'exercèrent les ateliers des communautés
d'enfants nées comme nous des séquelles de la guerre que l'usage et la pratique
s'en sont répandues particulièrement chaque fois qu'i1 a fallu valoriser des
enfants peu doués intellectuellement (Par exemple élèves des classes
spécialisées de la région parisienne).
Mais
dans beaucoup de communautés, l'atelier librement choisi restait plutôt un «
bricolage habille » qu'une technique enseignée avec la précision gestuelle
voulue. Nous avons, dès le départ, voulu éviter ce handicap sérieux, pour le cas
où une vocation s'éveillerait dans la suite de la scolarité, et des vocations
s'éveillèrent. Les techniciens qui avaient dû abandonner leur métier sous Vichy
furent, nos premiers maîtres bénévoles :
Mais
je me hâte de dire que cette initiation n'eut jamais la rigidité d'un
apprentissage, et souvent le néophyte maniait les matériaux les plus divers
avant de s'engager dans une technique difficile comme « le tournage » par
exemple.
Il
faut dire aussi que, dans la plupart des communautés on n'établissait pas
toujours une liaison solide entre la classe et les activités si riches des
ateliers sur le plan de lac motivation et de la création. Mlle Fuzellier,
professeur du C.E.G., Mme Oms, professeur de dessin et Mme Bigot, professeur de
l'enseignement ménager vont vous présenter cette constante interpénétration des
activités scolaires proprement dites et des réalisations en ateliers libres.
Mlle
FUZELLIER, professeur de C.E.G. (p. 20).
Mme
DEBAIN, M. BEAUMONT, professeurs de céramique. (p. 22)
Mme
BIGOT, professeur d'Enseignement ménager (p. 23)
Mme
CAZALET et Mlle TERRAL, professeur d'Education musicale (p. 25)
Vous
voyez donc que nous avions réalisé, bien avant la lettre, la Réforme de
l'enseignement et ménagé des voies d'accès dans le 2e degré à des enfants dont la
scolarité primaire révélait des résultats valables. Voici l'éventail actuel des
activités que les enfants peuvent choisir dès le cours moyen.
Tournage
– céramique – décoration – imprimerie. Ces ateliers sont en général pourvus
d'un outillage professionnel simple.
Puis,
danse folklorique – jeux dramatiques que Marcel Marceau contribua si
puissamment à développer quand il était à la Maison de Sèvres, – avec marionnettes,
pipeau. Enfin ces dernières années sous l'impulsion généreuse de M. Weber,
Inspecteur de l’Enseignement du chant, et de M. ALLARD, maire du 10e arrondissement et M. le Dr GENNAL,
nous ayons pu, grâce au prêt d'instruments, doter la maison d'un orchestre
d'instruments à vent et à cordes qui passionne nos adolescents.
Je
m'en voudrais aussi de ne pas accorder une mention toute spéciale à notre
chorale qui, sous la conduite de « Gazelle » eut plusieurs fois l'honneur de
paraître au théâtre des Champs Elysées...
Nous
ne pouvons malheureusement transporter ici tous les travaux de nos ateliers, ni
montrer combien dès le plus jeune âge des enfants nous prêtons attention
soutenue à tout ce qui est enrichissement et motivation. Et c'est Mme DROUAL
qui viendra vous présenter l'orchestre enfantin qu'elle anime en liaison avec
Mademoiselle MARTIN, maîtresse du cours préparatoire.
Dans
notre section technique de couture industrielle, et pour corriger ce que cet
apprentissage peut avoir au départ de fastidieux, tapis, tissage, jouet bourré
entretiennent les facultés créatrices et l'éducation esthétique des futures
ouvrières, mais restent toujours en liaison étroite avec les activités
scolaires.
Dans
ce domaine, nous sommes depuis 27 ans déjà en plein accord avec les travaux
pédagogiques les plus récents :
«
Il ne peut y avoir de barrière infranchissable, d'exclusivité de compétence
entre la classe et les activités de dessin, de photographie ou d'expression
dramatique. Il importe, là aussi, que les professeurs soient présents afin que
les options offrent les champs d'application véritable de l'éducation scolaire
sans contradiction avec elle... »
Rien,
à notre avis ne montre mieux cette interpénétration constante entre le travail
de classe et les activités que le jeu dramatique réalisé par les enfants en
liaison avec le centre d'intérêt. « L'homme découvre, l'homme invente...
»
Ils
ont tenu à s'exprimer eux-mêmes à ce sujet : montrer qu'ils étaient capables de
s'organiser en vue de créer leur propre spectacle.
Mais
nous ne voulons pas être aujourd'hui les desservants d'un culte à un pédagogue
si grand fût-il, et si notre pédagogie est d'esprit Decrolyen, elle n'en a
jamais utilisé, complètement la codification.
C'est
pourquoi toutes les techniques d'éducation nouvelle, chaque fois qu'elles
peuvent être utilisées rationnellement, que le travail soit individualisé comme
dans les fiches de calcul de Washburne, qu'il s'effectue par groupes chaque fois
que les jeunes éprouvent le besoin de s'unir pour un compte rendu d'enquête, par
exemple, ou du voyage, ces techniques sont librement adoptées. C'est plus
spécialement les 3 heures supplémentaires consacrées à la mise en place du C.
d'I. qui rayonne ensuite dans toutes les activités; que s'opère cette fusion
des groupes, soit qu'un questionnaire nous renseigne sur les besoins individuels
de leurs membres, soit qu'un regroupement spontané s'opère sous l'œil bienveillant du maître qui est alors le
coordinateur des efforts communs
Mais
l'évolution de la civilisation industrielle apporte des modifications dans la
forme du Centre d'Intérêt Decroylen lui-même. De même que nous devons les plus
grandes découvertes de la Pédagogie des normaux aux troubles profonds des
débiles (et c'est encore à la pédagogie Decrolyenne que je fais référence), de
même nous pensons que la connaissance des grands besoins humains peut être
étudiée d'une manière plus précise et plus riche, lorsque ces besoins s'avèrent
insatisfaits, et qu'il se révèle dans cette civilisation technicienne des
points névralgiques où l'adaptation à un ordre nouveau, sur le plan agricole, industriel,
ou économique s'opère difficilement.
C'est
d'ailleurs ce qui a été souligné avec force au cours du colloque d'AMIENS.
«
Notre monde nous parvient avant et hors de l'école de façon sensible et
immédiate. La méthode traditionnelle consistant le plus souvent possible à
prendre une œuvre déjà inventoriée en grande partie privée de son pouvoir
d'actualité, désamorcée, pour, à travers une analyse rationnelle y découvrir
des raisons d'émotion, ne suffit plus. L'éducation doit aussi, et surtout,
prendre à sa charge l'examen compréhensif et l'exploitation intelligente de ce
qui nous parvient dans l'agression de l'actualité.
L'homme
de demain ne doit pas être celui qui a fait le tour du monde hier, mais avant
tout, celui qui est armé pour ordonner, tirer parti de la quotidienne nécessité
en vue de maîtriser l'avenir. »
C'est
pour cette raison, qu'une documentation scolaire uniquement basée sur le livre
de classe s'avère nettement insuffisante.
Elle
impose au maître la recherche de documents actuels – statistiques, brochures,
photos, films, faciles à trouver et à utiliser où l'enfant apprendra la méthode
du choix judicieux qu'il s'agisse de la correspondance interscolaire, du film
et de la télévision éducative, de la conférence illustrée, des enquêtes... des
voyages d'étude.
______
Sur
cette correspondance interscolaire réalisée en liaison le mouvement de la
Coopération à l'école, Mme KERVIZIC, professeur de science et Mme DJOURNO,
ancienne élève de la Maison et professeur de C.E.G. vont vous donner un aperçu
malheureusement trop bref. Mais elles vous convaincront, j'en suis sûr de
l'apport culturel et affectif que de tels échanges peuvent apporter à la vie
d'une classe. et plus encore à des enfants privés du support affectif
quotidien... (p. 31)
______
Je
voudrais reprendre encore cette dernière partie du rapport du Colloque
d'Amiens.
«
L'examen compréhensif... l'exploitation intelligente de ce qui nous parvient
dans l'agression de l'actualité ».
C'est
ce que va s'efforcer de vous présenter Madame LESPINE en relatant tout d'abord
deux enquêtes effectuées dans les classes primaires. et un voyage d'études sur
l'un des points névralgiques du milieu rural français en mutation...
La
Bretagne de Rennes 9, Saint-Pol-de-Léon – La Bretagne intérieure – le Méné. (p.
35)
______
Dans
ces rapports récemment parus, je lis encore :
« Il
faut aussi que l'école sache s'ouvrir à tous ceux qui sont susceptibles, par
leur richesse personnelle, leur expérience, de venir se prêter au dialogue à
l'échange que l'enfant réclame et auquel il a droit ».
Madame
CIBOULE « Musaraigne », notre documentaliste va vous livrer, avec son humour coutumier
« les méthodes » utilisées pour attirer, conquérir et conserver autour de la
Maison de Sèvres, tous les amis qui
acceptent avec enthousiasme le dialogue avec nos Jeunes... (p. 33)
Je
voudrais vous lire, au hasard, les titres portés sur les invitations de nos
journées d'études de fin d'année. 1962. « De
tous temps en tous lieux l'homme a construit » qui nous conduit des Grands
Ensembles de Massy Antony, du plan directeur d'urbanisme de Paris, au Louvre, à
la Sainte-Chapelle puis à Vézelay... puisque l'homme a bâti pour abriter ses
Dieux, ses gouvernements, ses institutions : des temples, des cathédrales, des
châteaux...
C'est
en 1963... un besoin vital de l’homme... coopérer qui hors de l'école nous mène
à Meudon (magasin Coop), à Chartres, au cœur des coopératives agricoles
d'Amiens voir « tomber » le journal d'une coopérative ouvrière « Le
Courrier Picard ».
1965.
La découverte du travail des hommes et sa lutte séculaire contre l'eau nous a
menés des Fontaines de Paris, des bassins filtrants, de la collecte des eaux
usées, à un voyage d'étude en Hollande organisé en collaboration avec notre
école affiliée de Rotterdam pour étudier la conquête des polders et la grande
digue du Zuiderzée.
C'est
un étrange paradoxe de constater combien des élèves internes ont de fenêtre
ouvertes sur le monde, tout d'abord parce que l'esprit Decroylen « pour la
vie et par la vie » nous y invite, sans doute aussi parce que nous nous
sommes servis de toutes les techniques propres à motiver et à revigorer notre
enseignement, mais aussi parce que le bienveillant libéralisme de tous les
Directeurs du Département de la Seine, et au départ de notre grand ami,
Monsieur DAVID ont autorisé toutes nos audaces et ainsi permis toutes nos
réalisations...
______
Il
faudrait aussi remercier nos Amis du SNES, Gilbert W ALUZINSKI, Paul RUFF, qui
encouragèrent nos efforts en faveur des Mathématiques modernes, Mlle ABBADIE et
M. CHALUMEAU, Inspecteurs, qui suivent avec sympathie les efforts tentés dans
notre jardin d'enfants et dans toutes les classes.
______
Intervention
de Mme DROUAL et Mlle MARTIN.
Une
expérience de mathématiques nouvelles en classe maternelle au cours
préparatoire. (p. 38)
______
C'est
cet « esprit nouveau » qui inspire les travaux pédagogiques récents :
«
La finalité de l'enseignement, de tout le système éducatif devra clairement
être déterminé en fonction de ce fait majeur.
Développer
en chacun la capacité de changer dans ce monde en mutation. Il ne s'agira plus
essentiellement d'acquérir des connaissances, pas même d'apprendre à apprendre,
mais d'apprendre « à devenir ».
Et
je voudrais donner la parole maintenant à notre professeur polyvalent de
tissage, tapis, jouet bourré, décoration, dans une des classes les plus riches
en réalisations de notre maison.
Mme
LEOPOLD a appris elle-même « à devenir » puisqu'elle fut dès 1943 une des
premières élèves de cette classe technique qu'elle anime maintenant avec
beaucoup de compétence et d'amour ... (p. 42)
...
Mais, « un devenir » technique, une adaptabilité à la société industrielle de
notre temps, à ses mutations, sont-ils la condition suffisante d'une vie
sociale riche et équilibrée, si les fondements n'en sont pas l'éducation
constante de la liberté, la pratique de la démocratie au sein de la communauté
?
J'étais
frappée il y a quelques jours, après les événements récents que nous
connaissons, de trouver dans la bouche d'un doyen et d'un recteur des
préoccupations qui furent de tout temps les nôtres.
Le
fonctionnement de nos universités serait grandement amélioré si nos étudiants
étaient associés à leur gestion...
Si
nous reprochons parfois aux étudiants de se comporter comme des gamins, c'est
précisément parce que nous ne leur avons pas donné assez de responsabilités...
Qu'est
donc devenue au cours de ces 26 années notre République d'Enfants « claire et
sereine » pour reprendre le langage de M. PEDROT, petite communauté qui
comptait 80 participants ? et dont un film « la petite République » illustra
les débuts, séquelles des horreurs de la guerre, cette petite République qu'une
trentaine d'adolescents et d'adolescentes géraient avec un sérieux d'adultes ?
«
Bussières », notre nouvelle demeure abrite maintenant 180 enfants dont une
centaine d'adolescents. C'était donc à
une forme plus structurée et plus organisée qu'il fallut recourir et ce sont
des membres du bureau de notre coopérative qui vont venir vous expliquer et
vous développer la structure de leur organisation, la manière dont ils gèrent
les fonds recueillis, et les sacrifices qu'ils ont consentis à l'entraide
internationale.
______
La
coopérative – structure – organisation Joëlle Malgouyrès, C.E.G. 3e.
Le
rôle des délégués aux loisirs et à la discipline – P. Besnard, C.E.G. 3e.
Coopérer
c'est aimer, c'est aider – B. Tribouillet, C.E.G. 3e.
Quelques
réflexions, quelques critiques sur la marche de la coopérative – M. Diagne,
C.E.G, 3e. (p. 44).
______
Et
je voudrais rappeler en terminant un mot de notre ami BASSIS, Président de la
Section de la Seine du groupe Français d'Education Nouvelle, alors qu'on
évoquait la finalité technique et sociale de toute éducation... Humaniste,
aussi répondit-il, Oui, humaniste, parce que éducation intégrale de la
personnalité totale, l'homme devant toujours être jugé comme une fin, et non
comme un moyen.
Yvonne
HAGNAUER.
Bulletin
numéro 33 de « les Amis de la Maison d’Enfants de Sèvres »
Mars
1969