ON L'APPELAIT L'AMERlCAIN

En 1902, le tramway transportait 464 millions de voyageurs pour 2,5 millions d'habitants. En 1921, Paris et sa banlieue possédaient un des réseaux de tramways les plus dense du monde. On ne décomptait pas moins de 112 1ignes de tramways parcourant 960 km auxquelles s'ajoutaient les lignes d'autobus et de chemins de fer.

Un sévrien invente le tramway

C'est l'ingénieur Loubat (ou Laubat), propriétaire sévrien d'un terrain situé sur l'ancien chemin des Coutures –certains écrits stipulent qu'il fut maire de Sèvres, ce dont il ne reste aucune trace, qui développa le tramway. D'abord aux Etats-Unis où le tram est né en 1832.  C'est en 1852 que Loubat, qui n'avait pu obtenir la concession à Paris, améliora le système. Un décret du 18 février 1854 accorda enfin la concession pour la ligne no1. Elle partait du Louvre, suivait les quais et l'avenue de Versailles puis traversait Boulogne et passait le pont de Sèvres pour rejoindre Sèvres puis Versailles. Les origines du  tramway le firent appeler à l'époque «Le chemin de fer à l'américaine» ou encore «Le chemin de fer américain» et pour monsieur tout le monde, c'était «L'américain». C'est le27 septembre 1855 que le conseil municipal de Sèvres vota la concession à Loubat pour ce qui concerne la ville et la ligne fut inaugurée le même mois. En 1855, il s'agissait d'une voiture à cheval roulant sur un rail et tirée par des percherons à une vitesse de 7 km/h, emportant une quarantaine de voyageurs. En 1876, la ligne Bastille-Charenton expérimenta la traction mécanique qui se généralise à partir de 1890 avant d'être relayée par les trolleys donnant une autonomie plus grande aux véhicules. Les tramways atteignaient alors une vitesse de 14 km/h supérieure à la vitesse actuelle des bus.

Le tramway pour tout le monde

Jean Prasteau écrit «Voyage insolite dans la, banlieue de PariS» : «Longtemps, les silhouettes massives des trams tintinnabulant et crachant des étincelles bleues, venant de  Saint-Germain l'Auxerrois, profilèrent au couchant, sur le pont de Sèvres. Ils pénétraient par couples dans la Grande-rue vers laquelle convergeaient des ruelles bordées de blanchisseries, d'où s'échappaient des ruisselets d'eau savonneuse. Le watman agitait sa sonnette du pied pour inviter les cochers des camions de brasserie à dégager la voie. A l'intcrieur, assis sur sud les banquettes cannées, certains voyageurs venus d'Angleterre ou d'.Amérique guettaient l'apparition du chateau de Versailles. C'était une des lignesles plus prestigieuses de la ban lieue (...»). Louis-Ferdinand Céline, -une autre localenpuisqu'il fut meudonnais de 1951 à sa mort (sa femme, Lucette Destouches habite toujours la même demeure)- constatait: «En banlieue, c'est surtout par les tramways que la vie arrive le matin». Au début du siècle, les rues étaient bouillonnantes de vie. Le tramway était alors le moyen de transport le plus pratique, le plus rapide, à la portée de tout le monde. Que ce soit pour se rendre aux fêtes et aux foires, pour aller s'amuser et danser... Des funiculaires comme celui de Meudon-Bellevue permettaient de grimper les fortes pentes sans trop de peine. La Seine était autrement plus active qu'aujourd'hui. Des petits bateaux transportaient les gens d'une rive à l'autre et jusqu'à Paris.

La fin du premier tramway

Mais les rues durent rapidement céder place aux autobus, à la voiture... Le principe de la disparition du tramway fut adopté en 1829. La dernière ligne la plus populaire- disparut après la seconde guerre mondiale. Elle acheminait aux halles, les légumes en provenance des régions sud de Paris. Le dernier tramway circula à Sèvres le 12 août 1934... remplacé par les autobus de la ligne 171, chaussés de caoutchouc.

Yann Fradin

Avec l'aide précieuse de la bibliothèque et du service des archives de la ville de Sèvres.

Quand la ville se reconstruit sur la ville: 150 plus tard les mêmes questions reviennent. Actuellement, les travaux d'assainissement du ru Marivel font rage du centre de Sèvres aux bords de Seine. Au même moment, les politiques, associations et citoyens cherchent une alternative au tout-voiture avec le développement des lignes de tramway (notamment dans le Val de Seine) et la reconquête de la «voie royale» (la RD 910 de Viroflay à Sèvres) en y cherchant à trouver difficilement une place pour une voie de bus en site propre. Le Conseil municipal de Sèvres du 17 février 1854 avait déjà ces deux points à l'ordre du jour: le ru Marivel et le chemin de fer américain !